Pourquoi c’est bon d’être amoureux?

Madame ? Oui, vous ! Combien de fois êtes-vous tombée amoureuse dans votre vie ? Combien ? Attendez deux secondes !
Monsieur ! Même question. Combien de fois êtes-vous tombé amoureux dans votre vie ? Vous dites ?

Le monde serait donc déconnecté et peuplé d’inconscients, au mieux, ou un égout sans fond hanté de menteurs, au pire. Vous êtes très en dessous de la vérité avec votre score misérabiliste, à moins que vous soyez un handicapé hormonal profond.

Je le sais bien que vous êtes inconscients, je ne vous en veux pas : bienvenue au club ! En fait, vous êtes surtout devenus amoureux tant de fois de manière inconsciente que votre recensement en est altéré. Vous faites comme moi, vous comptabilisez uniquement les amours tangibles. Ceux qui ont existé pour de bon. 
Si vous saviez ! Ça commence très jeune, l’état amoureux. Comme moi, vous avez sans doute des souvenirs de la maternelle et de ce petit banc sur lequel vous partagiez votre collation avec votre condisciple de prédilection. Par contre, vous avez tout oublié de vos premiers émois amoureux. Vous aviez peut-être trois ans et notre mémoire efface ces souvenirs lointains de notre mémoire superficielle pour y caser d’autres faits, plus récents, plus « utiles ».

Des états amoureux, il y en a probablement eu encore avant dans votre existence. Les mêmes symptômes régissent les rapports entre un nourrisson et sa maman. Mais vous n’oseriez pas y coller l’adjectif « amoureux ». Vous avez tort.

À l’adolescence, à l’âge adulte, vous avez apprécié, je l’espère, cet état quasi hallucinatoire que provoque le fait d’être amoureux. C’est qu’il s’en passe des choses dans notre corps lorsque l’être aimé entre notre vie. Et quand ça se produit en même temps que le chamboulement de la puberté, vous imaginez le grand chambardement.

Être amoureux, c’est le bal et le feu d’artifice de la fête nationale dans nos hormones. Elles sont toutes là, les copines des temps heureux : la testostérone, l’ocytocine, la lulibérine, les endorphines et la dopamine.

Aux premiers flonflons de l’orchestre, c’est la testostérone qui vous invite à danser. Que vous soyez prétendante ou cavalier, cette hormone du désir sexuel, oui, déjà… vous incite à vous rapprocher de cet être dont vous vous êtes bien passé jusque-là !

La lulibérine ne tarde pas à envoyer l’air de musette qui fait du bien, java ou tango, l’important est défier l’arithmétique élémentaire : un plus un font un. D’être à lui, d’être contre elle. Vous préférez un slow ? Cette fameuse lulibérine va provoquer un glissement de nos appétits. Au lieu d’avoir envie de manger quelque chose, nous allons avoir le désir de dévorer quelqu’un. Ce n’est pas qu’une image.

Et si nous allions voir le feu d’artifice, un peu à l’abri des regards. Il y a longtemps que la lulibérine nous a libérés de nos pudeurs. Pour être encore plus proches, faisons fi des vêtements ! Dans notre plaisir de plus en plus présent, notre cerveau se submerge d’endorphines. Oh, la belle rose ! Oh, la belle bleue ! Nous sommes en état d’apesanteur, ça plane, ça virevolte.

Vous pensez bien que l’ocytocine va venir y mettre son bouquet final, sa signature, sa conclusion. C’est le couteau-suisse des hormones, l’ocytocine. L’attachement entre aussi dans ses compétences. Elle va créer cette fusion totale et indispensable avec votre partenaire, pour vous entraîner jusqu’au coït.

Pendant tout ce processus, la dopamine tient la chandelle. Elle veille à la continuité de notre avancée. Elle la booste, nous empêche d’être raisonnables, nous communique ses audaces. Discrète la dopamine ? Certainement pas !

Nos paramètres sont redevenus normaux, banals. Comme s’il ne s’était rien passé. Pensez-vous ? Ce serait trop simple et foncièrement navrant.

Rassurez-vous, c’est là que notre mémoire intervient. C’était si bon, tout ça, on en reprendrait bien un petit peu, beaucoup, à la folie. Je l’aime à la folie, il faut qu’on se revoie. « Tu m’es indispensable. Je t’aime. »

Nous avons quel âge ? Je t’ai dis : « je t’aime ! ».

La mémoire de ce que nous venons de vivre n’est pas !la seule à entrer en jeu. Dans les tiroirs de notre cerveau, vous avez caché des souvenirs d’enfance, des souvenirs de petite enfance, la plupart sont inconscients, enfouis, mais ils sont là. Prêts à servir !

Vous vous souvenez, ou pas, des étapes de la découverte de l’amour depuis votre premier flirt sans lendemain. C’était à l’école, en colonie, à la boulangerie ou à l’église. Elle était blonde, il était brun, ou l’inverse. Votre cerveau, lui, s’en souvient, parce qu’il a thésaurisé pour vous ce temps heureux.

Vous avez provoqué le même processus chaque fois, y compris avec les amours sans suite. Vous avez découvert chez l’autre des qualités qu’il ne se connaissait pas. Et pendant ce temps-là, vous êtes entrés de plain-pied dans un jeu de séduction, forcément un peu menteur, afin de vous montrer sous votre meilleur jour.

Vous vous êtes transformés, imperceptiblement ou de manière conséquente, pour vous conformer aux attentes de celui que vous voulez. Vous avez abdiqué une part de vous-même pour ne pas la heurter, pour la garder.

Mais vous avez aussi entamé ce processus digne du laboratoire d’un savant fou avec nos copines les hormones du plaisir, de l’attachement, de la liberté, de l’audace et de la sexualité. Le quintet de l’amour, dans l’ordre ou dans le désordre, peu importe.

Vous êtes peut-être engagés dans une relation au long cours. Évidemment, je ne peux que vous souhaiter d’être amoureux longtemps. Pour cela, il faut privilégier le besoin d’appartenance, continuer à mythifier votre partenaire, créer des rites communs, goûter à la vie sociétale à deux, se soucier de l’autre et en prendre soin. Souci et soin !

Vous êtes fidèles, tant mieux, pour tout le monde. C’est mieux ainsi.

Malgré vos promesses, en dépit votre volonté, vous êtes quand même condamnés à tomber encore amoureux, au hasard de vos rencontres. Vous aurez peut-être la possibilité de dire à vos hormones de se calmer afin de résister à la tentation. Ce n’est pas grave, vous vous rattraperez tantôt avec Elle ou avec Lui !

Mais jamais votre cerveau ne vous laissera oublier…

Que c’est tellement bon d’être amoureux !

LuDivine