Pourquoi c’est bon de faire des câlins?

Les êtres vivants ont besoin de liens avec le monde extérieur, de moyens de communication, de perception. Nous avons été gâtés par la nature avec nos cinq sens, mais vous en établir la liste n’en aurait aucun. Ceci dit, en cumulant les superficies de vos pupilles, de vos papilles, de vos narines et de la section de votre conduit auditif, vous arriverez à un résultat décevant. Le tout tiendrait sur une demi-feuille de papier A4.
J’ai volontairement oublié le toucher que nous avons le tort d’imaginer être l’apanage du bout de nos doigts, alors que nous parlons là de notre plus grande surface de communication avec le monde extérieur. La superficie corporelle moyenne, femmes et hommes adultes confondus, est de 1,7 m², ce qui représente un carré de cent trente centimètres de côté. Trente pages A4 !

Quel formidable outil que cette étendue qui nous permet de recevoir et de donner, elle est malheureusement tellement méconnue et si peu exploitée.   Un des usages les plus agréables qui peut en être fait est sans conteste le contact entre deux de ces superficies. Faits de creux, de bosses, de plusieurs faces, il n’est pas commode d’utiliser en même temps toute la surface de ceux qui se lancent dans l’aventure de la communication tactile. Et pourtant, voici bien un des moyens les plus prodigieux de se faire du bien, du bon, du délicieux, de l’admirable. Voici bien un des plus géniaux dispositifs naturels pour faire passer des messages,   pour se prodiguer des massages, pour se soigner, pour se motiver, pour s’aimer et je ne vais pas m’aventurer en dehors des verbes du premier groupe.

Ceci dit, je ne vous demande pas de vous installer nu dans un lit avec votre voisine ou avec votre voisin, même s’il est possible que l’expérience mérite (éventuellement) d’être tentée. Je vous propose juste de prendre le temps. Le temps d’un câlin. Parce que, dans ce domaine, la pratique ne remplacera jamais la théorie. Et je vous certifie que c’est une drogue à accoutumance.

Que se passe-t-il en nous quand nous faisons un câlin ? Comme ça, dans la cuisine avec votre légitime, dans la chambre d’un enfant en lui souhaitant une douce nuit, avec un ami ou une amie au détour d’une rencontre, avec une maman, un papa, des grands-parents ou avec votre concierge.

Attention, je ne parle pas du bisou bâclé qui ecchymose une paire de maxillaires. Non. Il s’agit de prendre l’autre dans ses bras et de se laisser prendre dans les bras de l’autre. De prendre le temps de l’enveloppement, d’appréhender l’espace suave que crée l’autre et de ressentir l’abandon de votre partenaire dans vos bras.

Vous venez de donner le coup d’envoi du bal des hormones. Et je vous prie de croire que l’orchestre n’est pas tenu par des manchotes. Je ne vais pas vous les citer toutes, ce modeste billet n’y suffirait pas. Il y serait question de sérotonine, de dopamine qui ont un puissant effet sédatif et influent sur notre tranquillité.

Le principal composant de ce cocktail hormonal est l’ocytocine.

Cette hormone intervient à profusion dans quelques moments essentiels de notre vie : à l’accouchement, elle provoque la contraction des muscles lisses de l’utérus et accélère le travail. Après l’expulsion, elle permet aussi à l’utérus de se rétracter et de retrouver sa position initiale. Elle est aussi d’une aide précieuse pour provoquer l’éjection du placenta. Nous retrouvons l’ocytocine dans le mécanisme de l’allaitement puisqu’elle participe à l’excrétion du lait maternel.

C’est aussi l’ocytocine qui vous aide, Messieurs, à être en forme dans les déduits amoureux et vous assistent jusqu’au coït. Quant à vos compagnes, cette hormone amie permet les mettre en confiance, de leur permettre l’abandon.

La mauvaise nouvelle pour vous messieurs… et la bonne pour vous, madame, c’est que les effets de l’ocytocine sont deux fois plus longs pour les mammifères femelles que pour les mâles. Et c’est aussi valable pour les humains. Ceci dit, il suffit de recommencer !

Mais l’ocytocine ne se contente pas de trouver son emploi lors des accouchements, de l’allaitement ou des rapports sexuels. Nous la retrouvons aussi dans les mécanismes liés à la confiance en soi, c’est un puissant antidépresseur, un antistress. Elle permet la détente, la récupération, l’assimilation, la croissance. L’ocytocine est indispensable à la construction de l’enfant, mais aussi à l’existence d’un adulte.

Bien entendu, la pharmacopée comporte des moyens d’injection d’ocytocine en spray ou en intraveineuse. Mais c’est beaucoup moins efficace et complet que l’ocytocine naturelle.

Il y a effectivement un moyen d’en produire pour pas cher : un câlin. Bon, d’accord, il faut être deux, mais assez rapidement, et curieusement même avec un(e) inconnu(e), les effets se font ressentir. Je vous parle d’un(e) inconnu(e) parce que comme l’ocytocine provoque un sentiment de confiance, l’inconnu(e) n’en sera pas un(e) très longtemps. Il va se sentir bien dans sa relation avec vous et vous n’allez rien perdre au change ni à l’échange.

Après cette trop longue théorie, passez aux travaux pratiques !

Le monde des câlins va vous ouvrir les bras !

Et je vous promets d’y revenir bientôt…

C’est si bon !

LuDivine