Pourquoi c’est bon de faire un câlin à un arbre?

Mes amies, mes amis, j’ai peur. J’ai peur de trahir la ligne éditoriale de ces billets qui tentent d’expliquer les raisons d’un bienfait. J’ai peur de m’attaquer aux arbres. J’ai peur de ne pas avoir d’explications à vous donner. J’ai peur de paraître atteint d’une douce folie.
Vous aussi, n’est-ce pas ? Si je vous dis d’aller faire un câlin à un arbre, vous avez peur de ce que vont en penser ceux qui vont vous voir agir de la sorte. Et si on s’en moquait, juste le temps de faire l’expérience.

Vous n’êtes pas obligés de choisir l’arbre qui trône au milieu du rond-point situé sur la rocade qui encercle votre patelin. Il y a des forêts pour ça… et dans ces forêts des colonies d’arbres qui seront bien contents que vous veniez les câliner, loin des regards indiscrets.

Il en est des arbres comme il en est des humains. Il faut bien choisir son partenaire.

D’abord, il faut choisir un arbre jeune, vous allez comprendre pourquoi. Vous ne choisirez évidemment pas un arbre mort ou malade. Le bon tour de taille, c’est l’arbre dont vous pouvez enserrer le tronc avec vos mains qui viennent au contact l’une de l’autre après en avoir fait le tour.

C’est une première bonne raison pour le choisir jeune.

Ensuite, choisissez un arbre qui a la peau douce. Les écorces rugueuses sont certainement très agréables pour éradiquer les puces sur le dos d’un ours, mais nous ne sommes pas Baloo… et j’espère que vous n’avez pas de puces ! Deuxième raison de le choisir jeune.

Le chêne est un arbre propice au câlin, mais un bouleau, un hêtre ou un frêne devraient vous permettre de passer un agréable moment. Je sais que selon les types, certains de ces arbres sont parfois rugueux, passez votre chemin si tel est le cas. Le fait qu’il soit moussu ou pas est une question de goût.

Approchez-vous de votre arbre favori. Placez-vous face à lui en laissant le sud derrière vous. Mettez-vous dans une position stable, c’est-à-dire avec les jambes dans le prolongement des hanches. L’avantage d’un arbre, c’est qu’il n’a pas de nez, comme un humain. Donc, on peut se mettre face à lui sans risquer de prendre son nez dans l’œil ou le contraire. Gardez la tête droite et face à votre ami.

Voilà. Vous avez fini votre phase d’approche et, bonne nouvelle, l’arbre n’a pas pris la fuite. Donc vous êtes dans le bon !

Ainsi positionné face à votre arbre, maintenant, c’est le vôtre, enserrez-le de vos deux bras. Votre corps doit rester détendu, d’où l’importance de faire ce câlin dans un milieu où vous vous sentez serein. Vous ne devez pas exercer de pression. Juste entourer l’arbre de vos bras.

Pour une première fois, nous n’irons pas trop loin. Je vous propose d’écouter votre arbre. Il est vivant. Vous savez que les forestiers écoutent les arbres avec un stéthoscope, donc, c’est qu’il y a quelque chose à entendre. Écoutez-le. C’est ténu, évidemment, il est rare qu’un arbre entonne le grand air de Paillasse. En même temps, à cette distance-là, il vaut mieux qu’il ne parle pas trop fort…

Un arbre jeune ayant plus de vigueur qu’un arbre adulte, c’est donc une troisième et excellente raison de le choisir jeune !

Ensuite, vous pouvez aussi ressentir ses mouvements. Un arbre bouge et pour peu que le vent se prête au jeu en agitant sa ramure, vous allez sentir son tronc danser entre vos bras. C’est la  raison pour laquelle il faut que vos bras n’exercent pas de pression, pour le laisser bouger. Et puis ce n’est que détendu que vous pourrez ressentir ses mouvements.  Voulez aller peut-être ressentir alors quelques picotements, une vague de chaleur, sentir des courants d’énergie converger vers votre corps au travers de vos bras. C’est normal, vous êtes en train d’entrer en connexion avec les énergies de votre arbre. Il est en train de vous rendre votre câlin. Vous aurez aussi, peut-être, la sensation que vos pieds pénètrent dans le sol, ou bien l’impression que vous pesez deux fois votre poids. Goûtez chaque chose, comme elle vient. Écoutez-le, écoutez-vous !

Voilà. Nous venons de faire un câlin relativement inactif. Juste écouter, sentir, ressentir. Une bonne dizaine de minutes, ce sera assez pour la première fois.  Un autre jour, nous passerons à la « vitesse » supérieure. Après avoir retrouvé votre arbre, ou un de ses copains, ils ne sont pas jaloux, vous allez vous disposer comme la dernière fois. Mais en plus du câlin, vous allez imaginer la vie qu’il y a dans cet arbre. Vous allez penser à ses racines qui puisent dans le sol l’énergie qui lui permet de vivre, de croître, de résister, de fleurir. Vous allez penser à sa ramure qui lui permet de respirer, de bénéficier de l’eau, du soleil, de l’air. Vous allez vous savoir en contact avec ce lien entre la terre et le ciel que constitue le tronc que vous êtes en train de câliner. Vous allez penser à sa force, à sa longévité. Il était probablement là avant vous. Il vous survivra certainement.

Vous allez vivre une autre expérience aux effets surprenants, que je ne vous décris pas pour vous inciter à la faire. Et puis, comme pour les câlins avec nos contemporains, chaque relation est différente. Et c’est bien ainsi.

La personnalité de l’arbre est évidemment une des causes essentielles du bienfait conféré par ces instants. Il en est d’autres qui sont plus « personnelles » en ce qu’elles ne dépendent pas de l’arbre.

Ce câlin va vous arrêter. Vous poser. Vous pauser (avec « au »). Vous allez, le temps de ce câlin, vivre au rythme de la nature. Un rythme calme. Un rythme qui convainc de donner du temps au temps. De prendre le temps, son temps.

Avant de partir, dites au revoir à votre arbre. Et s’il vous a bien rendu le câlin que lui avez prodigué, revenez le voir. Il va devenir votre confident, votre référent, une valeur sûre et amicale dans votre vie.

Vous le retrouverez aux quatre saisons, viendrez prendre de ses nouvelles. Le voir naître au printemps, le réchauffer en hiver, admirer ses couleurs d’automne ou vous rafraîchir à son ombre d’été.

us asseoir à son pied, dos contre l’arbre, face vers le sud. Vous aurez ainsi un compagnon de lecture. Un arbre devant vous et un livre fait d’un autre arbre entre vos mains.

Encerclé par la nature.

Je me rends compte que vous ne savez toujours pas exactement pourquoi c’est bon de faire un câlin à un arbre… Ce n’est pas grave, puisque c’est bon !

LuDivine.