Pourquoi c’est bon de rire?

Vous allez rire, mais voici un sujet qui pourrait nous faire quelques billets d’humeur. De bonne humeur. De bonnes humeurs, mêmes !
Entre le rire et l’humour, lequel choisir ? Commençons par le rire puisqu’il nous est donné avant l’humour. Celui-ci ne perd rien pour attendre ! Croyez-moi !

Selon certaines études, les bébés, que nous avons dû être un jour, rient trois cents fois par jour. Pas parce que leur vie est plus drôle que la nôtre, c’est par pur plaisir, comme ça, pour rien. Justement, non, pas pour rien !

Plus tard, en grandissant, nous devenons plus sages, même les plus rieurs d’entre nous dépassent rarement le score de vingt pintes de rire par jour. Pourtant, voici bien un euphorisant qu’il est permis de consommer sans modération.

« On ne rit de bon cœur que dans les cimetières », disait l’irremplaçable Pierre Desproges. Il est temps de s’y mettre. Au rire, pas au cimetière ! 
Un autre grand de l’humour décortique dans un sketch hilarant la mécanique du rire avec une précision rigoureuse. L’immense Raymond Devos décrit ce réflexe qui se traduit par des petites respirations saccadées qui s’accompagnent de sons inarticulés plus ou moins bruyants.

« Mais pourquoi rire ? » me direz-vous. Votre question est bien sérieuse, amie lectrice, ami lecteur.

La réponse nous est donnée par Devos ! Les petites respirations dont il parle favorisent une oxygénation idéale. Elles permettent de vider les poumons des scories qui y stagnent même lors de nos expirations les plus abouties. Et quand nous apportons un surcroît d’oxygène à notre corps, tous nos organes en profitent, y compris notre cerveau.

Par le mouvement physique qu’il engendre, le rire est également un relaxant musculaire et un bienfait pour notre visage (antirides à peu de frais), pour notre cage thoracique, un bon petit auto-massage des côtes. Rien de tel.

Votre hilarité va aussi mettre en jeu votre diaphragme, cette paroi qui sépare votre abdomen de votre thorax et qui est l’épicentre de nos émotions. Tant qu’à provoquer un tremblement de corps dans cet endroit stratégique de votre organisme, autant que ce soit des secousses rigolotes. 
Alors, non, vingt secondes de rire ne remplacent pas trois minutes d’exercice physique. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Et tant qu’à tordre le cou des idées reçues : votre rate ne risque pas grand-chose dans l’aventure.

Qu’est-ce qui nous donne matière à rire ? Chacun pour soi, dans ce domaine, même si le grand canon est la surprise, la situation imprévue que constituent un jeu de mots, les chutes, à la fin d’une histoire drôle ou d’un président de la République qui rate une marche en visite officielle. Tout peut servir, chacun trouvant, en la matière, midi à sa porte. Le rire est un moyen de communication sans frontière, la belle invention humaine. 
Ceci dit, nous rions neuf fois sur dix pour des choses pas drôles. C’est notre comportement social qui nous pousse à rire, alors que la même situation, qui nous serait narrée à froid, ne provoquerait pas un simple sourire. Donc, les plus rieurs qui en sont encore à vingt fois par jours ne rient que deux fois par jour pour un bon motif. On est loin des trois cents rires journaliers motivés de notre prime enfance.

Depuis quelques années, la rigologie, le mot prête à sourire, et on le remercie, a fait son entrée dans les thérapies permettant de guérir de nombreux maux et pas uniquement dans le domaine psychologique. Les clowns, qui égaient les cliniques et hôpitaux, ont une fonction bien plus importante qu’il n’y paraît, et pas seulement chez les enfants. En engendrant le rire, ils jouent un rôle rassurant, humain, réconfortant, dans les relations des malades avec le milieu hospitalier.

Nous sommes devenus ce que notre vie a fait de nous. Et nous ne sommes pas égaux face au rire. Certains sont de nature plus guillerette que d’autres. Il est parfois difficile, dans certaines circonstances de l’existence, de conserver le sens de l’humour. Rire est alors une denrée rare. 
Comme certains se rendent dans des salles de fitness pour embellir leur corps, d’autres ont recours aux clubs de rire, pour enjoliver leur vie. C’est une idée qui est née en 1995 dans la tête d’un docteur indien, Madan Kataria, qui s’est inspiré des travaux de Baghwan Shree Rajneesh, un de ses compatriotes. Ce dernier est le créateur de la méditation dynamique dont le yoga du rire est une émanation. Cette thérapie s’est répandue maintenant aux quatre coins de notre planète, toujours ronde à n’en plus pouvoir.

Les références ne manquent pas sur le web et vous aurez tôt fait de trouver des éléments pour nourrir votre réflexion ou pour découvrir qu’il y a un club du rire pas loin de chez vous. Sinon, il vous reste à le créer, chez vous, en famille ou en élargissant le cercle !

Ces groupes permettent, par des exercices simples et collectifs, d’atteindre le rire provoqué sans recours à l’humour. Et comme notre corps n’est pas rancunier, il ne fait pas la différence entre le « vrai » rire et le « faux » rire. Ces séances confirment que le rire est un phénomène contagieux et que plus on est de fous, plus on rit !

Un petit exercice à faire à deux, au moins. Couchez vous par terre. Vos têtes doivent se toucher, donc placez-vous en étoile. Désignez qui va lancer le rire, il va devoir le provoquer, ce sera forcément un faux rire et il va falloir insister un peu. Puis attendez la suite !

J’ai une autre bonne nouvelle pour vous, c’est ma tournée ! Le rire est une drogue. Si vous êtes malheureusement sevrés, il suffit d’en prendre à nouveau. Par petites doses, au début. Vous sentirez votre corps en redemander. Vous passerez alors du stade de rieur passif à celui de rieur actif. Quand vous vous rendrez compte de l’effet que cette remise « en rire » de votre vie va provoquer chez vous, puis parmi vos proches, puis dans votre quotidien, vous ne pourrez plus vous en passer !

Je conclus cette visite au cœur du rire en empruntant un très court extrait de Mary Poppins, un chef d’œuvre, lorsque les enfants, Bert (doublé en français par le génial Michel Roux) et l’oncle Albert s’envolent au plafond en clamant, bien haut, forcément :

« C’est bon de rire ! »

LuDivine