Pourquoi c’est bon d’écouter de la musique?

Jacop Jolij est chercheur en neuroscience à l’Université de Groningue. Jacob n’a pas perdu son temps. Il a établi le classement des chansons qui mettent de bonne humeur parmi les titres des cinquante dernières années.
Nous trouvons en tête du classement « Don’t stop me now » de Queen. Abba figure en deuxième position avec « Dancing Queen ». Les Beach Boys complètent le podium avec la bien titrée « Good vibrations ».

La chanson anglophone s’est emparée du « leadership » de ce classement, mais il est probable que dans le nord des Pays-Bas, nos chanteuses, chanteurs et groupes soient peu ou mal distribués. Il est même évident que YouTube est inconnu à Groningue.

Il s’agit d’un simple sondage d’opinions, mais Monsieur Jolij voulait en tirer des conclusions.

Quelle est la « recette » de ces titres « à bien-être », d’après notre ami Jacop ? Des paroles positives, un rythme de cent cinquante battements par minute et une série de notes en mode majeur. Facile. Depuis Charles Trenet et « Y’a d’la joie », la recette est connue en francophonie.

En fait, Jacop Jolij vient de réinventer l’eau chaude. Depuis toujours, les compositeurs ont compris que la tonalité et le rythme de leurs compositions influaient sur l’humeur des auditeurs. Les classiques W.A. Mozart, J.S. Bach, les Beethoven, les Tchaïkovsky, les Chopin et tous les autres s’en sont servis. Le mode « majeur » est connoté comme étant plaisant, joyeux. Le mode « mineur » confine dans la tristesse, la nostalgie. Et il ne faut pas être un mélomane averti pour déceler la différence d’humeur générée par « La Pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel et « La Marche de la poupée de chiffon » de Claude Debussy.

Dans ses leaders (courtes pièces chantées), Schubert se promène avec le même bonheur dans le tragique, le pathos, le joyeux, l’enflammé, le drôlatique et l’égrillard, domaines dans lesquels Mozart n’est pas en reste !

Chacune et chacun de nous possède sa play-list personnelle d’œuvres (une chanson est encore une œuvre) qui soulagent, font du bien, éveillent en douceur, boostent, calment, consolent, aident à évacuer larmes, colère, joie. Et nous dressons ces listes intuitivement, sans avoir recours à la formule mathématique que le Docteur Jolij a fini par établir.

Déjà à l’époque antique, chez les Grecs, ce cher Pythagore, qui ne s’est pas occupé que de l’harmonie des triangles rectangles, avait avancé les liens entre les différents modes

musicaux (le dorien et son austérité, l’ionien était voluptueux, par exemple).
La musicothérapie est, par conséquent, loin d’être une science nouvelle, même si la médecine, parfois frileuse, a tardé à reconnaître l’influence de la musique sur nos corps. Son impact au niveau cardiovasculaire, respiratoire, musculaire et végétatif ne fait maintenant plus aucun doute.

Depuis 2011, cette thérapie par la musique a fait son entrée en Sorbonne.

Le domaine est vaste et mériterait une bibliothèque et une médiathèque pratiquement infinies. Limitons-nous à en dresser le portrait, à grands traits

. La musicothérapie peut évidemment être passive, c’est-à-dire que les bienfaits apportés le sont par l’audition de musiques choisies en fonction des buts à atteindre. Le travail peut être collectif, mais les soins peuvent aussi s’appliquer en traitement singulier, face au thérapeute.

La musique peut aussi devenir une pratique : nous parlons alors de musicothérapie active. Il s’agit de permettre au patient la formulation de ses ressentis par l’expression musicale. Pour ce faire, il n’est nul besoin d’avoir un diplôme de solfège et un premier prix de violon. Nous avons tous, un jour, appuyé maladroitement sur les touches d’un piano et cherché, au hasard, des mélanges de sons qui nous plaisaient.

Et puis, en matière de musicothérapie active, une large place est évidemment laissée à l’expression vocale. Celle-ci met en jeu l’intégralité du corps humain. Son système respiratoire entre en jeu, sans aucun doute. La caisse de résonance constituée par notre squelette, nos vides et nos pleins internes, y compris la boîte crânienne, y est intimement mêlée. En fait, il s’agit d’émettre soi-même les sons au lieu de les recevoir. L’expression étant forcément, si elle se libère, la meilleure forme d’exutoire à nos sentiments, nos ressentiments, nos douleurs enfouies, nos souvenirs.

Votre prétendue première expérience en musicothérapie aura eu des précédents inconscients, dans votre vie, même si vous n’êtes pas mélomanes. Les berceuses de notre enfance ne sont rien d’autre que de la musicothérapie passive.

Et vous connaissez toutes et tous : « Ah ! Vous dirais-je maman, ce qui cause mon tourment », musique revisitée par Wolfgang-Amadeus Mozart. Nous l’avons fait écouter en boucle, sur une boîte à musique aux sonorités métalliques, à l’enfant qui ne voulait pas dormir nous érigeant alors en musicothérapeute active ou actif.

LuDivine